Spéléo Club des Montagnes neuchâteloises


HISTOIRE DU SCMN

D'après des textes de Jean-Pierre Tripet, Roman Hapka et Denis Blant

Le SCMN, Spéléo-club des Montagnes neuchâteloises, a été fondé le 7 juin 1956 à La Chaux-de- Fonds. En cette journée s'est réunie l'assemblée constitutive au restaurant Ticino, en la présence de François Gallay, Antoine Gauthier, Raymond Gigon, Jean-Pierre Montandon, Charles-André Saas et Eric Schick. Le club a d'emblée réuni une équipe très motivée qui avait réalisé, jusqu'à fin 1959, 200 journées de sorties - donc, en moyenne, plus d'une par semaine en 3 ans et demi. Ci-dessous sont décrits les principaux travaux réalisés par le club, de sa fondation jusqu'à aujourd'hui.

Fondation du SCMN

Le compte-rendu de la séance de fondation du Spéléo-Club des Montagnes Neuchâteloises, rédigé par Raymond Gigon, débute ainsi : « Depuis quelques temps deux groupes spéléologiques ayant à leur actif de belles découvertes, entre autres celle de la grotte préhistorique du Bichon et l'exploration de la grand grotte des Recrettes, travaillaient dans nos montagnes en s'ignorant. Par un heureux concours de circonstances, une liaison put être établie, et le principe d'une association entre nos deux groupes est décidée ». Le SCMN allait être admis formellement comme section de la Société suisse de spéléologie le 9 décembre 1956. Il succédait ainsi à l'ancienne Section Neuchâteloise de la SSS, qui eut ses heures de gloire vers 1940-1950, puis fut dissoute à la suite de son assemblée du 1 er juin 1951.

Les années 1956-1959 : une phase d'intense activité

Les recherches à la grotte du Bichon, entreprises avant la fondation du SCMN par les membres fondateurs chaux-de- fonniers du club, et les travaux à la grotte des Recrettes, réalisés par les membres loclois, allaient ainsi se poursuivre dans le cadre d'un groupe unique et renforcé. Mais très rapidement, d'autres grands projets allaient enrichir l'activité du nouveau club : le tournage d'un film réalisé par André Paratte, les travaux préparatoires pour un important projet de génie civil au gouffre de Pertuis, ainsi que deux expéditions au Hölloch ; sans oublier le début de l'exploration systématique du massif karstique de la Schrattenfluh. Dans le courant de la période 1956-1959, le SCMN allait consacrer la plus grande partie de ses activités à l'exploration de l'Arc jurassien. Sur environ 140 sorties d'un ou plusieurs jours, près des trois quarts ont été réalisées dans le canton de Neuchâtel, et près du quart dans d'autres régions du Jura, suisse ou franc-comtois. Moins d'une dizaine d'expéditions seulement, la plupart d'une durée de plusieurs jours, ont eu pour but la région alpine, principalement au Hölloch et à la Schrattenfluh. L'atmosphère du SCMN a dès le début été empreinte par la convivialité. Dès 1957, à l'approche de Noël, une joyeuse fête a réuni les membres du club dans les gorges de l'Areuse, à la Baume du Four. Cette réunion est devenue une tradition qui a été cultivée pendant de longues années. Sa troisième édition, le 12 décembre 1959, correspondait à la 200ème journée de sortie du club à partir de sa fondation; Maurice Audétat, membre du Comité central de la SSS et ami fidèle du SCMN, avait rejoint le groupe à partir de son domicile de Lausanne à vélomoteur !

La grotte du Bichon

Le 3 mars 1956, François Gallay et Raymond Gigon, visitant la grotte du Bichon dans les Côtes du Doubs, y découvraient fortuitement un crâne humain parfaitement conservé ainsi que divers ossements d'homme et d'ours brun. Le matériel humain a été attribué au type Cro-Magnon. Cette découverte a été suivie par une intense période de fouilles - vingt séances en 1956, dix en 1957. Cette découverte a été l'un des facteurs fondateurs du SCMN. Le compte-rendu de la première séance de fouilles ayant eu lieu dans le cadre du SCMN, le 16 juin 1956, quelques jours après la fondation du club, porte la mention « rapport de fouilles n o 14 ». Cette séance réunissait six participants, une collaboration bienvenue, le travail se déroulant dans des conditions très pénibles. Dès fin 1958, le rythme des séances de fouilles alla en décroissant, et les travaux furent provisoirement interrompus en 1962. Ce n'est qu'en 1991 que Philippe Morel, archéozoologue, membre du SCMN, entreprendra une nouvelle et très fructueuse période de fouilles. Celle-ci devait conduire à un résultat surprenant : l'homme de Cro-Magnon et l'ours brun avaient tous deux été conjointement victimes d'un accident de chasse.

La grotte des Recrettes

Cette grotte, située dans le cirque de Moron, avait été explorée avant la fondation du SCMN par les membres loclois du futur club et constituait l'un des points forts de leur activité. Elle a aussi constitué le but de la première expédition du SCMN nouveau-né, le 9 juin 1956. Jusqu'en juillet 1957, neuf expéditions du SCMN eurent lieu dans cette grotte, consacrées à son exploration et à des travaux de désobstruction. Grâce à ceux-ci, les spéléologues espéraient accéder au réseau karstique par lequel les eaux infiltrées sur la chaîne de Pouillerel s'écoulent vers le Doubs. La grotte paraissait de plus en plus intéressante : le courant d'air toujours existant dans la partie terminale et les dimensions de la caverne justifiaient les espoirs d'être en présence de l'amorce d'un réseau d'un grand intérêt. Il a cependant été décidé d'interrompre les travaux en raison du fort danger d'éboulements dans la partie terminale de la grotte. Les grottes de Moron Est et Ouest, situées dans la zone des résurgences du système, ont fait plus tard l'objet de travaux de désobstruction, de plongée et de topographie.

Le film « Au Royaume de la Nuit » d'André Paratte

La participation au tournage du film d'André Paratte, « Au Royaume de la Nuit », de septembre 1957 à novembre 1959, a représenté pour la jeune équipe du SCMN l'expérience la plus marquante des premières années d'activité du club. Dans le courant de 1957, André fait part aux membres du SCMN son intention de tourner un film sur l'exploration des grottes. A l'époque, la réalisation d'un tel film était une œuvre de pionnier. Au cours du tournage, toute l'équipe du SCMN fut mise à contribution, aussi bien en tant qu'acteurs que collaborateurs techniques. Le film a été récompensé en 1960 et 1961 par plusieurs prix. Il a été restauré à l'occasion du 12 ème Congrès international de spéléologie en 1997 à La Chaux-de- Fonds ; un nombre limité de copies en format VHS a alors été vendu. Il est actuellement conservé en tant qu'archive à la Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds, où il peut être visionné sur demande.

Gouffre de Pertuis et protection contre les crues

En 1957, le Département des travaux publics du canton de Neuchâtel (TP-NE) prend contact avec la SSS par Maurice Audétat, archiviste de la société, dans le cadre d'un projet de protection contre les crues au vallon du Côty. Le but était d'étudier la possibilité de déverser dans le gouffre de Pertuis les crues dévastatrices du ruisseau qui traverse la cluse du même nom. Le 27 octobre 1957, un groupe du SCMN et de la SSS Lausanne, sous la direction de M. Audétat et de René von Kaenel, président du SCMN et excellent connaisseur de la grotte, accompagne trois ingénieurs des Services cantonaux, dont André Burger, ingénieur des eaux, pour une visite du gouffre. A la suite de celle-ci, un projet détaillé allait être établi, suivi de l'excavation d'une galerie de dérivation. Les TP-NE chargèrent le SCMN de travaux préparatoires à ce projet, entre autres d'aménager une passerelle dans la partie supérieure de la Chapelle Gut pour permettre les relevés du géomètre, et de fournir un appui à ceux-ci. Ces travaux nécessitèrent six séances de la part du SCMN, de février à avril 1958. La galerie de dérivation est entrée en fonction en 1963. A la suite des contacts établis à l'occasion de ce projet, des relations d'amitié allaient se développer entre André Burger et les milieux de la spéléologie. En 1966, lorsque le Centre d'hydrogéologie de l'Université de Neuchâtel (CHYN) ouvre ses portes, A. Burger, fondateur de cette institution, en devient aussi le directeur. Une collaboration durable et très fructueuse allait alors s'établir entre la SSS et le directeur du CHYN. Le gouffre de Pertuis a fait l'objet par la suite (1969-2000) de nombreuses expéditions d'exploration et de topographie, ayant mené à une dénivellation totale du réseau de 208 m et un développement de plus de 1100 m (voir à ce propos l'excellente synthèse de Rotzer et al, Cavernes 1-2003). Une analyse du site du point de vue géotope spéléologique a été faite par Roman Hapka (Cavernes 2013).

Expéditions à la grotte du Hölloch

Des membres du SCMN participèrent, en 1957 et 1958, à deux expéditions à la grotte du Hölloch. Trois membres du club firent partie d'une première expédition du 3 au 8 janvier 1957, à laquelle participaient également des membres de la SSS Valais et Genève. Le programme fut surtout de caractère sportif. Du 21 décembre 1957 au 4 janvier 1958, en collaboration avec une équipe de la SSS Genève, quatre membres du SCMN participèrent à une seconde expédition. Lors de cette expédition, des relevés topographiques et climatologiques furent réalisés, ainsi que des séances de photographie. Il convient de souligner qu'à l'époque, une expédition à la grotte du Hölloch, qui était alors, de loin, la plus grande du monde, était un objectif auquel tout spéléologue osait à peine rêver. Les diverses étapes marquant les premières années du club décrites ci-dessus ont fait l'objet d'une exposition rétrospective nommée spéléo 66 , mise sur pied lors du 10 e anniversaire du club, suivie 20 ans plus tard par l'exposition « Protégeons nos cavernes » à l'occasion des 30 ans du club. Mentionnons que les 20, 40 et 50 ans du club ont fait l'objet de numéros rétrospectifs de Cavernes, la revue crée par le SCMN.

L'exploration du massif de la Schrattenfluh

Le 18 juillet 1959, un groupe de cinq membres du SCMN rendait une première visite aux lapiés de la Schrattenfluh. Pierre Freiburghaus, qui connaissait la région grâce à des visites à 5 des membres de sa famille natifs de Flühli, avait recommandé à ses camarades de club de s'intéresser à ce spectaculaire massif karstique. L'enthousiasme des participants à cette sortie fut tel que cette visite fut suivie, la même année, par trois autres expéditions d'une à deux journées. A partir de cette prise de contact de 1959, les visites régulières et les camps d'été à la Schrattenfluh sont devenus pour le SCMN une tradition aujourd'hui toujours bien vivante. En 1981, le recours à la prospection systématique mène à la découverte du P 155 (-129,2670 m), une cavité fossile qui débouche sur une portion de rivière souterraine et du Sneffelschacht (-141 m). En 1984 est créée la Gemeinschaft Höhlenforschung Schrattenfluh (GHS) parfois également nommée Groupement d'Exploration de la Schrattenfluh qui comprend alors trois clubs neuchâtelois, le SCMN, le GSTroglolog et le SCVN-D. Le but de la GHS est de coordonner les recherches sur le massif (exploration, publication, archivage). Les premiers efforts de prospection systématique sont très rapidement récompensés par la découverte du P 164 (-220,1300 m. Par la suite, plusieurs autres clubs se joignent aux neuchâtelois de manière plus ou moins épisodique. Les clubs VHBO et Issak reprennent l'exploration de la Neuenburgerhöhle et découvrent plusieurs nouvelles entrées et jonctions importantes. Durant les années 90, de nouvelles zones de prospection sont abordées. Elles livrent le Spechtloch (-114), le Sumpfloch (-95), le Katalanerloch (-110, 538 m), le Blitzloch (-220,2500 m) et la Bügeleisenhöhle (-101, 800 m). En 1999 débute la formidable aventure du Warzensystem, un système à entrées multiples totalisant près de 5 km de galeries pour 418 m de dénivellation à fin 2007. La Schrattenfluh compte aujourd'hui plus de 250 cavités totalisant 33 kilomètres de galeries souterraines inventoriées. Chaque année ce sont donc en moyenne cinq nouvelles cavités qui sont découvertes, explorées et documentées. L'ensemble est systématiquement publié depuis 50 années dans la revue Cavernes, créant ainsi un inventaire complet de l'histoire des explorations neuchâteloises dans le massif de la Schrattenfluh.

Spéléo régionale et internationale

Dans les 20 dernières années, le club - ou en tout cas ses membres - s'est distingué dans de belles découvertes régionales aux Moulins souterrains du Col des Roches, au gouffre des Convers ou à la source du Torrent, sans oublier un peu plus à l'est le Warzensystem, le nouveau réseau toujours en exploration à la Schrattenfluh. Les contrées lointaines ont vu, tout au cours de l'histoire du club, l'organisation d'expéditions de membres du SCMN ou en tout cas la participation assidue de certains membres à des expéditions au caractère international. Au risque d'oublier des pays, citons le Maroc, le Cameroun, la Grèce, la Roumanie, la Chine, le Vietnam, la Papouasie, les Emirats Arabes Unis, Oman, l'Ethiopie, le Costa Rica, les Etats-Unis, le Mexique, Cuba, Porto Rico, la Tunisie, l'Inde, le Myanmar, la Colombie, les Philippines... Outre les belles découvertes et voyages exotiques à souhait, des membres du club se sont dévoués corps et âme à de nobles causes, dont la plus marquante restera sans doute la mise en 5 place de la surveillance des gouffres pollués, initiée par notre regretté ancien président Jean-Louis Christinat, et son binome Pascal Huguenin. Citons encore Le congrès, qui est encore dans toutes les mémoires, pas moins que le Congrès Mondial de Spéléo de 1997 à La Chaux-de- Fonds qui, sans l'investissement de nombreux membres du SCMN, n'aurait peut-être pas eu l'aura et la reconnaissance qui ont été siennes. La renommée du club au sein des édiles chaux-de- fonnières a aussi sans aucun doute facilité les choses quant au choix du site, à l'organisation et finalement à la réussite unanimement reconnue de l'évènement.

Une période de renouveau

Actuellement, le club connaît un renouveau bienvenu, avec l'accueil durant plus de deux ans d'une entité, née d'une bande de copains spéléos ayant atteint l'âge de raison, bien nommée Les Spéléos neuchâtelois. Du fait que au final et pour des raisons très diverses les activités du groupe se sont centralisées sur le vaste local du SCMN, les membres de ce groupe informel sont venus étoffer la liste des membres du club. Ils ont aussi permis d'amener du sang neuf et juvénile, les papys ayant fait des émules dans notre belle et saine jeunesse. Sous cette nouvelle formule, le club retrouve, voire dépasse, les pics d'activités connus dans les années 1970 avec plus d'une sortie ou activité d'entraînement hebdomadaire. Il est bon de signaler que les sorties sont prévues pour tous les types de niveaux, de la randonnée souterraine à l'exploration profonde.


Petite bibliographie non exhaustive

Blant D. (2006) : Le SCMN a 50 ans. Cavernes, bull. des sect. neuchâteloises de la SSS, 49 ème - 50 ème année, Spécial 50 ans du SCMN, p. 3-5.

Hapka R. (2011) : 1959-2009 : 50 années d'explorations neuchâteloises à la Schrattenfluh. Cavernes, bull. des sect. neuchâteloises de la SSS, 53 ème -54 ème année, Spécial 50 ans Schrattenfluh, p. 28-41.

Tripet, J.-P. (2016) : Le SCMN a 60 ans. Cavernes, bull. des sect. neuchâteloises et fribourgeoise de la SSS, 60 e année, p, 4-8.